Le Guide pratique de l’idéologie dominante

Guide pratiqueLe nouvel instrument du gouvernement pour lutter contre les discriminations : un guide pratique au service de l’idéologie dominante

Introduction

5 novembre 2015 : le Ministère des Affaires Sociales et de la Santé tient une réunion publique à l’occasion de la publication du « Guide pratique pour une communication publique sans stéréotype de sexe ». « Ce guide n’est pas un prêt-à-penser ; c’est un outil d’aide pour les acteurs publiques, [s’appuyant] sur deux leviers d’actions : les images et les mots ».

  • Changer la sémantique 

Proposant dix « recommandations », le guide souhaite conférer à ses bénéficiaires un vocabulaire précis, destiné à faire cesser tout « stéréotype » sur l’image et le vocabulaire employés à l’égard des femmes.

Suppression d’expressions ancestrales (« chef de famille », « mademoiselle », « en bon père de famille »,…), l’application des accords dans les dénominations professionnelles (auteure, professeure,…), usage du féminin et du masculin dans les communications, de l’ordre alphabétique dans toute énumération : tant de suppositions que le Haut Conseil entre l’Egalité Homme Femme souhaite porter à l’attention du destinataire du guide. Réemployant les termes en usage au XVIIIe siècle (autrice), Gaëlle Abily l’assure : « on ne réinvente pas la langue […]. Puisque la langue est vivante, faites-vivre ce guide ».

L’image de la femme, valorisée dans les seuls domaines inhérents à la condition féminine (éducation, santé), est elle aussi sujet d’enjeux. Les collaborateurs du guide veulent faire cesser les clichés. Il faut « changer de regard », véhiculé l’image de femmes arborant tous les domaines de métiers. Instrumentalisation des corps, invisibilité des femmes, stéréotypes liés au sexe : voilà les problématiques soulevées par certaines campagnes, qu’il faut s’évertuer à changer. Car les dérives sont nombreuses, dans les campagnes de publicités (tant à l’échelle de campagne médiatique officielle (communiqués ministériels) que dans la publicité). Afin de concevoir une femme conforme aux prétentions des rédactrices du guide, le Haut Conseil à l’Egalité Homme Femme s’emploie à en diffuser les bonnes mesures pédagogiques dans les milieux de l’éducation. Soutenant que l’emploi de la langue française comporte des racines féminisées depuis des temps ancestraux[1], Eliane Viennot, professeur de littérature française de la Renaissance à l’Université Jean Monnet soutient : « il faut insister dans les communications sur la formation des étudiants, les mettre en œuvre avec les guides…Le public universitaire n’est pas simple à convaincre à l’égard des changements de la langue. » Et Brigitte Grésy (Secrétaire générale du Conseil Supérieur de l’Egalité Professionnelle) de renchérir : « Le Haut Conseil travaille sur l’élaboration des manuels scolaires ». Le projet est simple : faire « évoluer les mentalités » sur des questions de langues élaborées au sein de hautes instances intellectuelles « masculinistes », en inculquant aux plus jeunes un langage jugé plus égalitaire.

  • De l’usage des institutions officielles 

L’appui des institutions officielles constitue en ce sens un soutien incontournable. Officines ministérielles et collectivités territoriales se chargeront de dispenser la bonne parole. Echelon de gouvernance proche des citoyens, les collectivités territoriales permettent une médiation, véhiculant les préceptes en faveur de l’égalité homme femme auprès des associations locales. Quels sont les bons élèves ayant mis en place cette « grammaire progressiste » ? interroge (sans rire) l’animateur de la table-ronde. « En région Midi-Pyrénées, la direction de la collectivité a établi une charte de points à souligner dans le domaine de l’égalité entre les hommes et les femmes », indique Valérie Loirat (’’cheffe’’ de projet à l’Association française du Conseil des Communes et Régions d’Europe).

A l’échelle de l’Etat, c’est à la communication publique institutionnelle, dont le guide pratique se fait une incarnation éloquente, qu’est confiée la tâche de changement d’image de la femme. « Ce n’est pas de la propagande, cela vise juste à faire adhérer », explique sereinement Brigitte Grésy. Pourtant proposé comme un moyen d’influence sur l’opinion, le fascicule ne semble pas tellement se départir d’un tel objectif.  A cet égard, Danielle Bousquet (Présidente du Haut Conseil à l’Egalité Homme Femme) indique dans son discours de clôture : « Le langage est politique et les représentations sont tout sauf neutre dans le regard et la pensée de nos concitoyens et concitoyennes ». Les intentions politiques ne sont pas dissimulées : c’est aux fonctionnaires de l’Etat et des collectivités territoriales qu’échoient la responsabilité et la diffusion de ses mesures idéologues. Séminaires, formations, colloques : mobilisation générale prévue dans les collectivités territoriales, visant à dénoncer les stéréotypes et imposer, à terme, « un process nouveau qui crée innovation et surplus de sens social[2] » (sic).

  • De la dénonciation de la discrimination à la préférence sexuelle

Se plaignant de l’absence de représentativité des femmes au sein des plateformes médiatiques, Lisa Pleintel (« cheffe » de projet au sein du groupe EGALIS) indique que seul 20% d’experts invités dans les médias sont des femmes. Dénonçant l’absence de recherche sérieuse des employeurs de ce milieu, tout comme les préjugés qui enveloppent les femmes dont les capacités sont mises en doute, le groupe dont elle est à la tête a lancé il y a cinq mois une plateforme de recrutement : Expertes.Eu. Exclusivement réservée aux femmes, il s’agit d’une sorte d’annuaire permettant de faire la promotion de ses prestataires, notamment au sein des services publics. Outil efficace qui permet, je cite : « d’aller dans la tête des gens et leur faire pointer du doigt le stéréotype » (Lisa Pleintel). De la défense de l’égalité à la préférence sexuelle exclusive de la gente féminine, il n’y a qu’un pas. Car c’est là le nœud du problème : autant les instances officielles pourraient revendiquer à prôner l’égalité. Seules bénéficiaires de ces instruments, les femmes deviennent de fait objet de préférence, ayant recours à des media privilégiés auxquels les hommes ne peuvent prétendre. Soit éminemment inégalitaire.

Les groupes de la grande presse approuvent, aux ordres, ouvrant leur porte aux officines. Octroyant à la chaîne bénéficiaire « force d’engagement et de conviction », le représentant du Comité Editorial de France Info, Laurent Guimier, souligne de lui-même la conjonction d’intérêt d’un tel partenariat[3]. Mea culpa réitéré, le seul invité masculin de la table bat sa coulpe : manque de temps, ancrage dans les habitudes,… L’absence de femmes sur les chaînes publiques n’est pas volontaire ; « Les rédactions doivent ouvrir leur porte à l’égalité […] et se rendre compte des stéréotypes ».

Conclusion

Le colloque s’achève par la ratification d’une charte, prenant l’engagement de « reconnaître et prévenir la lutte contre les stéréotypes, d’adopter le guide et le diffuser, de faire appel à la prestation extérieure. »  Parmi les cinq signataires, quatre appartiennent au champ de l’éducation[4]. Un tel programme pourrait relever de la facétie burlesque, tant les mesures idéologiques qui l’inspirent relèvent d’une verve militante impulsive, dont la spontanéité ne saurait susciter une réflexion pragmatique.  Néanmoins, les moyens dont disposent les intervenants (quelles que soient leurs plaintes à ce sujet) ne prêtent pas à rire : bénéficiant du soutien des réseaux de la sphère culturelle (CNAM, Universcience), pédagogique (Université Paris Ouest Nanterre, ONISEP) ou des institutions ministérielles (Centre national de la fonction publique territoriale), la diffusion de ces velléités morales va s’implanter dans tous les domaines. « L’opposition farouche que cette campagne soulève montre que l’on touche un sujet important », explique sereinement Danielle Bousquet. Amer euphémisme : le détournement des mots qui est en train de s’opérer, imposant le silence aux tenants de l’ordre naturel et de son corolaire, le réel, c’est à un changement de civilisation que cet « outil » aux accents de propagande étatique, confronte le peuple français.

[1] L’imposition du genre masculin prédominant sur le féminin daterait du XVIIe siècle ; le professeur indique qu’il s’agit d’une règle grammaticale éminemment politique, émise par des « masculinistes », qui s’est imposé avec l’école primaire obligatoire à la fin du XIXe siècle.

[2] Brigitte Grésy.

[3] France Info est partenaire du projet Expertes.eu.

[4] Conservatoire National des Arts et Métiers, Universcience, l’Office national d’information sur les enseignements et les professions, l’Université Paris Ouest Nanterre la Défense.

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