Tribune de Jacques Bompard dans Valeurs actuelles

VAJacques Bompard est revenu sur la mode du droit pour tous dans l’hebdomadaire “valeurs actuelles”.

Vous pouvez lire cette tribune au lien suivant:

http://www.valeursactuelles.com/droit-tous20130402.html

La politique de la gauche revient à remplacer le réel par des simulacres, à substituer à ce qui est ce qu’on voudrait qui soit.

Ceux qui nous gouvernent détestent le réel car le réel est cruel envers leurs illusions. Au fond, la gauche déteste le monde tel qu’il est et prétend le changer au nom d’un matérialisme qui, précisément, devrait lui interdire tout espoir de cet ordre. Car si le monde échappe à une providence, s’il n’est que hasard, alors il devient vain de penser pouvoir agir sur lui.

Mais est-ce d’actions que l’on parle lors qu’on désigne les actes d’un gouvernement français en 2013 ? Toute action de sa part n’est-elle pas, en fait, leurre, masque, fausse piste où égarer les énergies, champ de simulacres où enterrer les faits qui dérangent ? Ne s’agit-il pas, par ces actions, non d’être sur le réel, mais de le doubler d’une apparence de réel, de substituer à ce qui est ce que l’on voudrait qui soit parce que le réel heurte, limite, règle ? Prendre ses illusions pour la réalité est grave, imaginer que la réalité est une illusion que l’on peut sculpter à l’envi ne l’est pas moins.

Dans ce contexte, la question du mariage “pour tous” déborde de son strict contenu. Il soulève une question politique : dans une nation où les droits collectifs essentiels voient leur exercice se détériorer, quel est le but de ceux qui créent des “droits” pour des minorités ? Car c’est là le paradoxe d’un “pour tous” qui ne concerne, en fait, que quelques-uns.

Dans un pays où les droits au travail, à la sécurité, à la liberté d’expression deviennent des hypothèses, se transforment en probabilités aléatoires ; dans un pays où le collectif s’efface, les droits pour quelques-uns sont moins un ajout de droits qu’une substitution. L’État nous envoie un message, obscur par nécessité, mais réel : le bien commun est chose morte. Pourquoi ? Parce que ce bien commun renvoie à la nation, à la cité, à la famille, structures historiques nées de réalités, créatrices elles-mêmes de réalité, parce que le bien commun se partage et que, de ce partage, le commun, vous et moi, doit être exclu, parce qu’au banquet de la mondialisation les peuples ne sont invités qu’au service des plats. Le mariage “pour tous” aujourd’hui, demain le suicide “pour tous” et peut-être un jour la gestation par machine “pour tous”, déjà envisagée par l’inquiétant Jacques Attali, autant d’éléments qui visent à déconstruire le réel, à briser ce qui unit, ce qui identifie, au profit de ce qui arase et uniformise.

Dans cette entreprise, on trouve liés le socialisme, dans toutes ses déclinaisons, et le capitalisme financier. Le premier croit en l’humanité désincarnée comme religion politique ; le second exige le marché mondial, sans entraves, sans protection, pour accélérer l’enrichissement d’une infime minorité. La création de droits, sous prétexte d’une égalité factice, est du même ordre que la création de biens de consommation. Le droit à tout devient un bien auquel chacun doit, partout, avoir accès. Le projet d’un revenu minimum universel participe de cette idée que consommer serait le premier des droits. Le droit pour tous, poussé dans ses développements, devient le droit de se soustraire à l’Histoire, à la tradition, à la civilisation, à tout ce qui constitue le réel. La promotion de ces “droits” est presque toujours vectorisée par l’industrie culturelle, dont les acteurs, chanteurs, etc. sont, pour la plupart, à la fois des employés mais aussi des modèles exposés, notamment, pour l’édification des plus jeunes, c’est-à-dire leur formatage, leur adaptation au système.

Ignorer cette coalition entre le capitalisme financier et le socialisme, imaginer leur antagonisme, ne pas voir dans leur substance ce qu’ils ont de commun, c’est sans doute permettre à l’esprit un repos paisible dans la contemplation inerte du fonctionnement de la machine mondiale à rançonner les peuples. C’est aussi se priver de la compréhension de ce qui se passe.

Il est cependant permis d’espérer, car l’on ne change pas le réel. Et si les paradoxes peuvent échapper aux foules, les contradictions entre l’idéologie et le monde tel qu’il est finissent toujours, elles, par la victoire du réel. Hélas ! Avant cela il aura souvent fallu que les illusionnistes fassent payer aux peuples le théâtre de leurs chimères. Jacques Bompard, député du Vaucluse et maire d’Orange.